AUTRES Et si j’étais allée au bloc ? 25 juin 2015

Là, vous êtes sûrement en train de vous demander pourquoi. Pourquoi je vais vous parler d’un bloc opératoire, pourquoi ici, pour sur un blog beauté. La réponse est plutôt simple en fait. Un peu comme quand je vous ai parlé de mon vécu en PACES, juste ici, je viens vous raconter ce moment.
Vous le savez sûrement si vous avez été curieux et si vous avez parcouru le blog, je fais des études en soins infirmiers. La blouse blanche, ce sera bientôt moi ! Ces études ont beau être difficile psychologiquement, elles n’en restent pas moins excitantes. Il m’est arrivé de vivre des choses difficiles , qui m’ont affecté moralement, mais il m’arrive aussi des choses incroyables et merveilleuses. Des choses que beaucoup qualifieront avec dégoût et horreur, et que je qualifie d’exceptionnelles.
Pour ce stage, j’ai été affectée au pôle Cardiologie de l’établissement. Quand je me suis retrouvée devant le tableau et que j’ai lu ce petit mot si simple, je n’y croyais pas ! Moi, pauvre petit être fragile, j’allais poser un pied dans le temple de la noblesse. J’allais toucher du doigt la partie la plus importante de notre corps, j’allais l’étudier.

J’ai alors passé mes weekend à faire des recherches, réviser mon schéma cardiaque, répertorier les différentes pathologies, engendrer des connaissances, encore et encore. Et puis, un lundi matin je me suis retrouvée dans le service. Je n’étais pas dans un service de soins, plutôt dans quelque chose qui s’apparentait à de la consultation. Je me retrouvais dans un environnement différent où il m’est encore difficile de trouver ma place. Comment puis-je créer un lien avec un patient que je vois à peine trois minutes, comment je vais pouvoir être autonome dans mes actes alors que je ne peux simplement pas choisir quel patient je met dans quel salle. Je dois bien avouer que cette première journée a été catastrophique.

Je ne comprenais pas comment j’allais pouvoir créer quelque chose avec un patient, comment j’allais pouvoir crée un projet de soins avec lui, et surtout comment j’allais pouvoir gérer cette approche avec des étudiants en médecine. Comment ne pas ressasser cet échec, comment faire avec. Je me pose encore aujourd’hui toutes ces questions. Je ne sais toujours pas comment je vais réussir à valider ce stage, ni comment je vais pouvoir pondre un travail digne de ce nom, mais j’avance.
Et puis, jeudi, je suis montée voir des actes plus invasifs. Je suis redescendue à 16h, et c’est là. Là où je me suis sentie légère et excitée. On m’a annoncé que le lendemain j’allais au bloc. Mais pas n’importe quel bloc. J’allais assister à une opération cardiaque ! Vous imaginez vous ? Voir le coeur battre ! Je suis rentrée chez moi et j’ai passée ma nuit et ma soirée à stresser. Je me suis réveillée à 5h et c’était parti !
6h. Me voilà partie pour l’hôpital, ma tenue sous le bras. Ecrire pour la toute première fois cette phrase si importante « Je monte au bloc ». 6h30. Traverser le hall, se rendre au vestiaire, se changer, trouver un truc sucrée pour ne pas se sentir mal, et monter au premier. Sonner à l’interphone, ouvrir les vestiaires, se changer à nouveau, mettre des surchaussures, une coiffe et ressembler à tout le monde.
6h45. Entrée au bloc.
 
Je crois que c’est le moment le plus stressant de la journée, découvrir le bloc en tant que soignant. Découvrir cet endroit mystérieux et rêvé. J’ai essayé de m’approprié les lieux mais le patient était déjà à l’entrée du bloc. Quand il est entré, tout s’est accéléré ! L’endroit commençait à fourmiller. Les infirmières sortaient leurs instruments, une partie de bloc devenait stérile, l’anesthésiste perfusait le patient, et l’IADE lui tenait le masque. Ni une ni deux, il était endormie. Une aide-soignant l’a alors aseptisé puis l’infirmière en tenue stérile l’a badigeonné de bétadine. Ca discutait, ca parlait dans tout les sens, ca bougeait partout.
J’ai eu une poussée de stress, je n’entendais que des bruits sourds sans les distinguer, je commençait à réaliser et à appréhender. Et si je me sentais mal ? Pourquoi n’avais-je pas déjeuner ? Et si j’avais l’air bête ? Et si ça se passait mal ? Je me suis assise contre un mur. Ils se sont tous retournés vers moi et je me suis sentie ridicule. Ils m’ont rassuré et m’ont taquiné. L’ambiance était bonne, pas tendue comme je me l’imaginais.
Les infirmières ont installé le champ et la machine qui allait filtrer le sang était en route. Tout le monde était en place. Ils rigolaient et se racontait sa soirée. Tout ça autour d’une patiente, allongée sur la table.
8h. Le chirurgien est arrivée. J’ai cru que l’ambiance allait retomber, mais il n’a fait que la renforcer. J’ai pris peur. Et s’il ne voulait pas de moi dans son bloc ? Comment vais-je pouvoir me présenter ? Il m’a dit bonjour et a incisé.
Je suis passée juste derrière lui, au plus près du patient. Il a ouvert le sternum, a écarté les côtes et on y était. Le voilà. Ce muscle si noble et si fragile. Ce muscle en souffrance qu’il allait réparer. Mes yeux se sont émerveillés. Je me suis sentie bête d’être en extase devant une pompe mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Plus rien autour n’existait, mes yeux restaient rivés sur le coeur du patient. Ce coeur qui battait.
Et puis, plus rien.
Le coeur s’est arrêté. Le chirurgien avait laissé la machine prendre le relais. L’opération allait réellement démarrer. Les gestes était rapides, justes et minutieux. Tout se faisait en finesse. J’étais admirative. Mais j’attendais avec impatience le moment où cette pompe allait se remettre à battre.
12h. Première contraction, premier battement. Le coeur reprenait lentement son rôle. Il ne fuyait pas, il était tout neuf. Un peu comme s’il battait pour la première fois.
13h. Le patient est sorti du bloc. Et je me suis sentie poussée des ailes. Ma journée se terminait et je n’avais qu’une envie, que ce moment recommence. J’avais envie de voir à nouveau ce coeur battre, j’avais encore envie de ressentir cette sensation de peur, d’excitation, de soulagement. j’avais envie de retrouver ces étoiles qui étaient apparues dans mes yeux quand le chirurgien à ouvert le sternum, cette excitation de ne pas savoir exactement ce que j’allais voir.
Les mots ont alors pris tout leur sens. Cet émerveillement m’a fait poussé des ailes. J’en rêve encore. Ce moment si insolite. Et si une nouvelle passion naissait en moi, et si je demandais à y retourner.

Je crois que jamais je ne pourrais m’émerveiller autant devant un organe que devant un coeur qui bat.

 

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