AUTRES Et si je vivais ses premières heures (accouchement) ? 22 juin 2015

Vous qui tremblez à la simple évocation de l’hôpital, qui restez le plus loin possible des blouses blanches. Vous qui êtes anxieux à la simple idée de fouler ce sol aseptisé. Ne fuyez pas ! Vous êtes-vous déjà demandé s’il y avait un endroit hors du temps où l’on est heureux d’aller à travers ces murs ? Avez-vous déjà posé un pied en maternité ?
La maternité. Ce mot résonne en moi à chacun de mes réveils. Imaginez vous, chaque matin, je me lève pour voir la vie, m’occuper de ces mamans qui ont reçu un très beau cadeau, les voir apprendre ces gestes simples qui rythmeront leurs jours à venir. Imaginez-vous, chaque matin, je me lève et je n’ai pas peur des nouvelles que je vais apprendre. Imaginez-vous, ce matin, j’ai vu la vie.
Le jaune. La ligne aurait pu être bleu, verte ou même rose, mais c’est le jaune qui a été choisi pour illustrer cette planification. Le jaune pour annoncer une naissance imminente. Le jaune pour annoncer mon premier accouchement. La sage femme m’a attrapé, et m’a rapidement posé quelques questions. J’avais compris les grandes lignes, il m’acceptait à ses côtés.
8h. Je suis entrée dans la salle et me suis retrouvée face à une future maman qui se débattait. Elle avait mal, terriblement mal. Les contractions était bien plus fortes qu’elle ne le supportait. Elle se débattait et demandait de l’aide. Les soignants sont sortis, l’anesthésiste tardait. C’est vers moi qu’elle s’est tournée. Elle m’a attrapé la main et l’a serré très fort. Elle avait chaud, elle avait mal.
Jamais je n’aurais pensé qu’une femme qui accouche pouvait avoir aussi mal. Bien sûr je me suis toujours dit que chaque cas était différent, qu’un rapport à la douleur n’était pas le même d’une femme à l’autre, que le bébé pouvait y jouer. Je savais que ça faisait mal. Je le savais, mais pas à ce point.
Aussi, je vivais les contractions avec elle. J’avais chaud, je voyais trouble à chaque fois qu’elle serrait ma main encore plus fort. Et si je me sentais mal ? Arès tout, je n’étais pas très utile dans cette salle. Tout le monde devait se concentrer sur cette femme. Je ne pouvais pas me sentir mal et attirer l’attention. Et si je lui gâchais son moment ?
9h. La péridurale est enfin posée. Son col est très peu dilaté, 3cm, pas plus. Pour un premier bébé, je m’étais faite à l’idée qu’il ne serait pas là avant la fin de la journée. J’ai donc laissé la future maman et suis sortie de la salle.
9h25.
Un bruit résonne. Au secours ? A l’aide ? j’avoue ne pas bien avoir entendu ce qu’il se disait. Nous avons simplement couru vers cette femme. « Il est là, je le sens, il est là ». Voilà les paroles qui ont tourné en boucle durant toute la suite de cet accouchement.
Elle était à dilatation complète, elle allait accouché. Là maintenant, dans 20 minutes elle serait maman.
Pour beaucoup, cela peut paraître absurde, voir même légèrement sale. Pour moi c’était magique. A l’image d’une petite souris, j’étais dans un coin de la salle, et j’observais. une poussée, puis deux, puis trois. Je retenais mon souffle à chaque fois. Je poussais avec elle. Une dernière et la tête est sortie, puis, dans la foulée, bébé était dehors.
Je crois que comme chacun de nous je m’attendais à ce qu’il pleure instantanément. J’avais peur pour lui. Ce petit être de 2,5 kg. Après quelques secondes qui m’ont parues interminables, elle s’est mis à rosir et à pousser des petits cris. Maman s’est mise à pleurer. Les nerfs sûrement, une chute d’hormone aussi. Ou tout simplement la joie et la fierté d’avoir réussi.
Je dois bien vous avouer, qu’encore aujourd’hui je suis admirative. La travail est long, mais l’accouchement est bref. Malgré tout, ces mamans sont capables de donner tellement d’énergie qui j’en suis soufflée. Parfois j’entendais que les douleurs s’oubliaient. Je n’osais pas le croire. Puis je l’ai vécu. Croyez moi, il m’est presque impossible de penser qu’on se souvient de ces douleurs tellement l’émotion est forte quand ce petit être que vous côtoyez depuis neuf mois arrive enfin. Tout s’oublie. Ce sont des larmes qui ont coulées sur le visage de ces parents. Mais ces larmes là traduisaient leur joie.

Je vous avais aussi parlé de mon passage au bloc cardiaque, juste là

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2 Comments

  • Eva posted on juillet 7, 2016 at 2:17

    J'ai adoré cet article. Tellement bien écrit et poignant ! On s'y croirait. Tu as même réussi à m'emmener dans ton univers qui n'est pas du tout le mien 🙂 Une vraie plume ! J'ai hâte de découvrir d'autres récits de ce genre.
    Bisous :*

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    • admin6274 posted on juillet 7, 2016 at 2:23

      Olala j'en avais écrit pleins 🙂 sur ma première opération cardiaque ou encore St mon expérience en psychiatrie !

      Je suis heureuse que tu l'ai apprécié ! C'était un des moments les plus émouvant que j'ai pu vivre !

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